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Le théorème de Bernoulli et la portance

Aérodynamique et principes du vol · 8 min

La leçon précédente a montré que l’air accélère au-dessus d’une aile. Un théorème du XVIIIe siècle explique pourquoi cette accélération crée une force, et comment cette force se décompose. Trois mots naissent ici, que tout le reste du programme emploie : l’incidence, la portance et la traînée.

L’angle d’incidence

Profil vu de côté dans le vent relatif, qui arrive horizontalement de la gauche : la corde est tracée du bord d’attaque A au bord de fuite F, et prolongée vers l’avant ; l’angle i entre le vent relatif et la corde est l’incidence (angle exagéré)
Profil vu de côté dans le vent relatif, qui arrive horizontalement de la gauche : la corde est tracée du bord d’attaque A au bord de fuite F, et prolongée vers l’avant ; l’angle i entre le vent relatif et la corde est l’incidence (angle exagéré)

L’angle d’incidence (noté i, ou angle d’attaque) est l’angle compris entre la corde du profil et la direction du vent relatif. Il varie en permanence au cours du vol, selon l’assiette et la trajectoire. C’est lui qui décide, on va le voir, de la force que l’air exerce sur l’aile.

Le théorème de Bernoulli

Daniel Bernoulli a démontré en 1738 que, dans un fluide en écoulement, plus la vitesse du fluide est élevée, plus la pression y est faible, et réciproquement.

Le long d’une ligne de courant, la somme suivante reste constante :

P + \frac{1}{2}\rho v^2 = \text{constante}

Le terme ½ ρ v² est la pression dynamique : c’est la part due au mouvement. Comme le total ne change pas, tout ce que la vitesse gagne, la pression statique le perd.

Lignes de courant épousant un profil d’aile : elles se resserrent et s’accélèrent sur l’extrados, et restent plus espacées sous l’intrados
Lignes de courant épousant un profil d’aile : elles se resserrent et s’accélèrent sur l’extrados, et restent plus espacées sous l’intrados

Appliqué à l’aile : sur l’extrados, l’air accélère, ce qui y crée une dépression. Sous l’intrados, l’air ralentit au contraire, et il apparaît une surpression.

Pourquoi l’air accélère-t-il au-dessus ? Parce que l’aile, par sa forme et surtout par son incidence, courbe l’écoulement. Pour qu’un filet d’air suive une trajectoire courbe, la pression doit être plus basse du côté intérieur de la courbe : ici, contre l’extrados. L’air, aspiré vers cette zone de basse pression, y prend de la vitesse. Au passage, l’aile rabat l’air vers le bas derrière elle ; en retour, l’air la pousse vers le haut, en vertu du principe de l’action et de la réaction. Bernoulli et Newton décrivent la même portance, vue sous deux angles.

D’où vient la force aérodynamique

L’air exerce une pression sur chaque point de la surface de l’aile. En additionnant toutes ces forces, on obtient une force unique : la résultante aérodynamique.

Plaque plane placée perpendiculairement au vent : surpression sur la face avant, dépression et tourbillons sur la face arrière, la force résultante pousse la plaque vers l’arrière
Plaque plane placée perpendiculairement au vent : surpression sur la face avant, dépression et tourbillons sur la face arrière, la force résultante pousse la plaque vers l’arrière

Une plaque placée perpendiculairement au vent ne fait que freiner : elle subit une surpression devant, une dépression et des tourbillons derrière. La force obtenue est entièrement dirigée vers l’arrière : c’est de la traînée pure, sans aucune portance.

La même plaque, cette fois inclinée dans l’écoulement : la résultante aérodynamique est orientée vers le haut et l’arrière
La même plaque, cette fois inclinée dans l’écoulement : la résultante aérodynamique est orientée vers le haut et l’arrière

Incline cette plaque, donne-lui une incidence modérée, et tout change : la résultante bascule vers le haut. Une simple plaque inclinée porte déjà, c’est le principe du cerf-volant.

Répartition des pressions autour d’un profil : les flèches de dépression au-dessus de l’extrados sont nettement plus longues que celles de surpression sous l’intrados
Répartition des pressions autour d’un profil : les flèches de dépression au-dessus de l’extrados sont nettement plus longues que celles de surpression sous l’intrados

Un vrai profil fait bien mieux qu’une plaque. Ce schéma montre l’intensité des pressions tout autour : les flèches de dépression au-dessus sont bien plus longues que celles de surpression en dessous.

Profil en vol horizontal, sa trajectoire vers la gauche : la résultante aérodynamique R part du centre de poussée et se décompose en portance Rz, perpendiculaire à la trajectoire, donc au vent relatif, et en traînée Rx, parallèle à la trajectoire et dirigée vers l’arrière
Profil en vol horizontal, sa trajectoire vers la gauche : la résultante aérodynamique R part du centre de poussée et se décompose en portance Rz, perpendiculaire à la trajectoire, donc au vent relatif, et en traînée Rx, parallèle à la trajectoire et dirigée vers l’arrière

Le point où s’applique cette force s’appelle le centre de poussée (CP).

Portance et traînée

La résultante aérodynamique se décompose toujours en deux composantes, définies par rapport au vent relatif :

Profil dans le vent relatif, avec ses filets d’air : la résultante aérodynamique R se décompose en portance Rz, perpendiculaire au vent relatif, et en traînée Rx, parallèle au vent relatif et de même sens que lui
Profil dans le vent relatif, avec ses filets d’air : la résultante aérodynamique R se décompose en portance Rz, perpendiculaire au vent relatif, et en traînée Rx, parallèle au vent relatif et de même sens que lui
Plaque inclinée dans un vent qui arrive de la gauche : sa résultante aérodynamique se décompose en portance, perpendiculaire au vent, et en traînée, parallèle au vent et de même sens que lui
Plaque inclinée dans un vent qui arrive de la gauche : sa résultante aérodynamique se décompose en portance, perpendiculaire au vent, et en traînée, parallèle au vent et de même sens que lui

La suite du programme reprend ces deux forces une à une : de quoi elles dépendent, comment les calculer, et ce qui arrive quand l’incidence devient trop forte.

L’essentiel